UNE ANNÉE CLÉ  POUR L'EUROPE EN FRANCE

                                                       Yves Bertoncini Président du MEF

                                                                           1er janvier 23018

 

2017 constituera sans nul doute une année clé pour l’Europe en France, puisqu’elle a conduit les Français à rejeter « l’europhobie » incarnée par Marine le Pen lors de l’élection présidentielle du printemps 2017. La volonté de quitter l’Union européenne ou la zone euro est clairement minoritaire dans notre pays, même le Front national est en train de s’en apercevoir à ses dépens... L’élection d’Emmanuel Macron a permis de réaffirmer avec force l’appartenance de notre pays à l’UE, y compris via la reconnaissance des symboles de cette appartenance - quand bien même l’euroscepticisme, qui consiste à critiquer l’UE de l’intérieur et à vouloir la changer, demeure à un niveau très élevé.
L’année 2017 restera aussi marquée par l’élection d’un Président de la République souhaitant rompre avec le « franco-scepticisme » en exaltant l’esprit de conquête et en valorisant les ressources de notre pays, sans imputer de manière pavlovienne nos difficultés économiques, sociales, politiques et identitaires aux boucs émissaires commodes que sont « Bruxelles », « Francfort » ou « Berlin ». L’avenir dira si cette posture philosophique sera durable, en particulier face aux inévitables difficultés qu’affrontera ce quinquennat, mais elle est sans nul doute aussi novatrice et déterminante que peut l’être « l’europhilie » affichée par Emmanuel Macron.
La vision européenne ambitieuse exposée par le nouveau Président de la République pendant sa campagne électorale, puis dans ses discours d’Athènes et de la Sorbonne, constitue la troisième raison pour laquelle 2017 restera un millésime de choix pour l’Europe en France. Emmanuel Macron a ardemment souligné combien les Européens se ressemblent et l’intérêt qu’ils se rassemblent. L’union fait la force pour être davantage efficaces et influents en matière de sécurité collective, de politique migratoire, sur le plan diplomatique, pour organiser la transition énergétique et écologique, renforcer notre sécurité et notre souveraineté alimentaires et consolider notre souveraineté monétaire et industrielle… « Vaste programme » assurément, qui reste à mettre en oeuvre concrètement, mais qui aura eu le mérite d’être exposé de manière claire dans la deuxième partie de l’année qui s’achève.
Les « conventions démocratiques » annoncées pour le printemps 2018 dans notre pays et dans d’autres pays de l’UE permettront à nos concitoyens français et européens de dire dans quelle mesure ils partagent cette vision mobilisatrice et, plus prosaïquement, quel contenu ils souhaitent donner aux politiques conduites par l’UE. Elles leur permettront probablement aussi de rappeler combien ils peuvent avoir des avis contradictoires sur le fonctionnement et l’avenir de l’UE : le problème des douze dernières années n’est en effet pas tant que « l’Europe » n’aurait pas assez écouté ses peuples, comme l’a imprudemment suggéré le nouveau Président de la République, mais plutôt que ces peuples ne s’entendent guère sur des enjeux clés (gestion de l’euro, crise des réfugiés, concurrence sociale, Etat de droit, etc.).
C’est d’ailleurs l’une des fragilités de l’élan européen salutaire impulsé en 2017 par la France d’Emmanuel Macron, qui ne bénéficie pas en Europe de la verticalité politique que lui confèrent les institutions de la Vème République : qu’il se heurte à des peuples et à des chefs d’Etat et de gouvernement peu désireux de se mettre en mouvement dans la direction qu’il a tracée. Les crispations exprimées au moment des négociations sur la régulation du travail détaché ou l’autorisation du glyphosate ont à cet égard fait figure de premières piqûres de rappel, avant même que ne s’engagent les discussions plus substantielles sur l’avenir de l’UE, de l’espace Schengen et de la zone euro.
Ce défi politique et démocratique est si pressant qu’Emmanuel Macron a d’ores et déjà esquissé la perspective d’initiatives européennes qui pourraient ne rassembler que les pays et les peuples volontaires, au risque de fragmenter un peu plus l’UE si tous ses Etats-membres n’ont pas le sentiment d’être parties prenantes d’un agenda positif, à quelque niveau que ce soit. Vu de Paris, « l’Europe à plusieurs vitesses » qui transparait entre les lignes des discours officiels traduit une impatience, mais aussi une nostalgie : celle d’une Europe plus petite qui serait une France en plus grand. Beaucoup de nos concitoyens mais aussi de nos partenaires la perçoivent ainsi, et notamment l’Allemagne : il y a là une autre difficulté politique en germe et qu’il faudra traiter afin de passer du grand dessein de 2017 aux réalisations concrètes des années à venir.
Il va enfin de soi que l’élan réformateur initié par Emmanuel Macron après son élection devra d’abord et avant tout faire la preuve de son efficacité au niveau national, notamment pour faire baisser drastiquement notre taux de chômage, améliorer notre compétitivité et notre cohésion sociale et parvenir à maitriser enfin la dérive décennale de nos déficits publics… C’est d’abord pour les Français qu’il faut espérer que les décisions prises en 2017 pourront porter leurs fruits lors des années suivantes – si de telles évolutions positives adviennent, elles ne pourront que renforcer l’influence des idées françaises au niveau européen, au-delà de l’effet placebo produit par l’élection et les premiers pas d’un jeune Président dynamique.
A ce stade, il suffit de se remémorer quels autres scenarii politiques étaient envisagés pour notre pays l’an dernier à pareille époque pour mesurer combien la tournure prise par les événements en 2017 demeure encourageante- pour l’Europe en France aussi, à chaque année suffit sa peine…